Le caractère international et local de la viande cultivée

L’autorisation officielle d’offrir de la viande cultivée à Singapour est une étape importante dans son développement (lien vers l’article précédent). Cependant, la société Eat Just, qui a reçu l’approbation pour ses « bouchées de poulet », n’est pas originaire de Singapour, mais est basée en Californie. Elle travaille avec une entreprise locale pour démarrer une ligne de production, de sorte que la viande cultivée sera produite à Singapour même. Le restaurant de 1880 sera le premier à proposer à ses visiteurs des plats à base de viande cultivée.

La personnalisation locale par le biais de la collaboration

L’exemple des « bouchées de poulet » à Singapour illustre la façon dont la viande cultivée change le monde à la fois au niveau mondial et au niveau local. Dans une économie mondialisée, une innovation peut être proposée pour la première fois à l’autre bout du monde. Si cela devait se faire par le biais de l’exportation, par exemple produit en Californie et consommé à Singapour, ce ne serait pas durable. C’est souvent le cas pour la viande conventionnelle qui est exportée en masse par l’Union européenne et des pays comme les États-Unis et le Brésil. Un partenariat tel que celui de Eat Just pour la viande cultivée à Singapour montre que les choses peuvent aussi être faites différemment. Les avantages sociaux sont évidents, tels que la réduction des transports et l’augmentation des emplois locaux. Mais il y a aussi des avantages pour les personnes concernées : la coopération avec un partenaire local présente l’avantage de pouvoir combiner la connaissance de l’innovation avec celle des canaux de distribution et des consommateurs locaux. Les exigences en matière d’alimentation sont liées à la culture et les Singapouriens ont des exigences différentes de celles des consommateurs américains. La personnalisation locale par le biais de la collaboration réduit donc le risque pour Eat Just.

 

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Un autre exemple est celui de l’entreprise israélienne Aleph Farms, qui montrent un grand intérêt pour le marché européen. C’est pourquoi elle ne vise pas un produit de masse, mais une version de la viande cultivée qui ressemble à un steak, afin de répondre aux normes gastronomiques de pays comme la France. Ce n’est pas un hasard si le PDG d’Aleph Farms, Didier Toubia, a étudié la technologie alimentaire à l’université de Dijon.

 

Il existe également des entreprises fondées à partir d’une préoccupation locale spécifique : En Asie du Sud-Est Shiok Meats a été fondée par Sandhya Sriram, spécialiste des cellules souches, par souci de la destruction naturelle que l’élevage de crevettes provoque dans la région où il a grandi. Shiok Meats développe donc une version viande cultivée de crustacés tels que les crevettes, le crabe et le homard. Les crevettes étant principalement exportées et commercialisées dans les pays occidentaux, il faut s’attendre à ce que Shiok Meats établisse des partenariats locaux dans les pays qui veulent ce produit. La viande cultivée est très innovante en termes de technologie, mais elle offre également la possibilité de produire des aliments beaucoup plus près que ce n’est le cas aujourd’hui. En Belgique, l’élevage de crevettes n’est pas possible, mais la viande cultivée de crevettes peut l’être.

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