La question à 1 million : quand pourrons-nous manger de la viande cultivée ?

JustEgg_Group_1

« Une question que l’on nous pose souvent, et probablement à vous aussi : quand la viande cultivée sera-t-elle produite à grande échelle ? La question a été posée par le modérateur durant le Cultured Meat Symposium – organisé en ligne – au Docteur Neta Lavon de l’entreprise de viande cultivée de Aleph Farms. En souriant, elle a répondu : « Seul le fou imagine l’avenir ». Elle explique qu’Aleph Farms a élaboré un plan par étapes, mais ne s’engage pas sur une date et veut s’assurer d’un produit irréprochable pour entrer sur le marché.

On ne s'engage pas sur une date, on veut s'assurer d'un produit irréprochable pour entrer sur le marché.

Docteur Neta Lavon
de l'entreprise Aleph Farms

Les développeurs de viande cultivée sont devenus plus prudents dans leurs prévisions. Lorsque Mark Post, professeur à Maastricht, a présenté pour la première fois un hamburger de viande cultivé en 2013, il l’a fait devant la presse mondiale. Il a ensuite prédit que la viande cultivée serait disponible pour les consommateurs dès 2020. Ses adversaires le lui rappellent souvent. Toutefois, cette déclaration ne diminue en rien sa vision et sa perspicacité. L’avenir est imprévisible et plus il est lointain, moins il est saisissable.

Le chemin du prototype au produit de masse est long et tortueux, comme le passé nous l’enseigne. De nos jours, la voiture fait partie intégrante de la scène de rue (sic). D’un point de vue historique, la voiture est une invention très récente. Le mouvement américain pour les droits des animaux est né en grande partie de l’indignation face à la façon dont les chevaux étaient traités pendant la seconde moitié du XIXe siècle. New York grouillait d’animaux de trait et les défenseurs de la lutte contre la cruauté envers les animaux de l’époque se battaient pour que les chevaux aient suffisamment de repos et d’eau potable. En 1880, une commission d’experts a même été créée pour étudier l’avenir de la ville : d’ici 1980, le nombre de chevaux sera multiplié par trente ( !) et New York sera enterrée sous le fumier de cheval, laissant la ville comme morte. Ceci montre que même les esprits intelligents pensent souvent au présent et peuvent donc se tromper.

les PDG des entreprises de viande cultivée reconnaissent que le défi est de taille

Le développement de la viande cultivée est parfois comparé à l’avènement de la voiture ou de la cellule solaire. Tous ceux qui élaborent des alternatives à la viande n’en sont pas convaincus. Pat Brown, le PDG de la société Impossible Foods, qui fabrique des hamburgers de légumes, saisit toutes les occasions d’exprimer ses doutes lors d’interviews. Selon lui, la viande cultivée n’est ni possible ni nécessaire. Les partisans de la viande cultivée soutiennent que les deux options devraient être développées et que la viande cultivée attire un groupe de consommateurs qui n’ont pas envie de connaître les versions végétales. Mais les PDG des entreprises de viande cultivée reconnaissent que le défi est de taille. Beaucoup de choses ont changé depuis le premier hamburger de viande cultivée, il y a sept ans, comme en témoignent les nombreuses start-up, prototypes et dégustations d’aujourd’hui. Mais pas un gramme n’a encore été vendu.

Lors d’une interview avec le magazine The Spoon, Josh Tetrick – PDG de Eat Just – se montre également prudent. Il parle de production de masse à l’échelle mondiale. Mais entre les prototypes d’aujourd’hui et la production à grande échelle de demain, il existe plusieurs étapes intermédiaires, où la viande cultivée serait en effet déjà vendue et consommée. Josh Tetrick et son entreprise ont l’expérience du déploiement d’alternatives aux produits animaux : leurs alternatives, les œufs végétaux, sont vendues dans plus de 17 000 endroits aux États-Unis. La viande cultivée en a déjà franchi quelques étapes et les substituts de viande végétale étaient déjà passés par là, explique-t-il. Dans un premier temps, un prototype devrait pouvoir quitter le laboratoire, par exemple en le proposant dans un seul restaurant. Plusieurs jeunes entreprises s’arrangent déjà avec des restaurants pour proposer de la viande cultivée. Entre-temps, la partie réglementaire est également en cours de préparation ; la viande cultivée doit d’abord être approuvée et étiquetée avant de pouvoir être proposée au consommateur. Selon M. Tetrick, la prochaine phase consistera à introduire la viande cultivée à plusieurs endroits, dans des dizaines de restaurants et dans de petits points de vente. La troisième étape sera atteinte dès que les produits à base de viande cultivée seront largement disponibles dans les supermarchés. Dans la quatrième et dernière phase, la viande cultivée sera disponible partout à bas prix. En Europe aussi, tout se prépare pour l’introduction de la viande cultivée. Le marché européen est soumis à la réglementation Novel Food, à laquelle les nouveaux produits alimentaires doivent se conformer. Les pionniers européens de la viande cultivée s’organisent désormais pour soumettre leurs demandes de Novel Food de manière coordonnée.

Pas à pas, la viande cultivée est donc prête à entrer sur le marché. Tout dépendra maintenant de la fluidité des procédures et de la rapidité avec laquelle la viande cultivée sera reconnue comme produit alimentaire officiel.

Article dans The Spoon : https://thespoon.tech/eat-justs-josh-tetrick-on-the-4-phases-of-bringing-cell-based-meat-to-the-masses/

Share

0