La psychologie de la résistance contre la viande cultivée

Cette étude a également posé des questions sur le lait et son acceptation. La plupart des participants ont refusé de goûter au lait de chameau ou au lait de chien, affirmant que le lait de chameau n'est "pas éthique" et que le lait de chien "sert aux chiots". Des arguments qui pourraient également s'appliquer aux vaches et à leurs veaux.

Une nouvelle étude de l’université de Groningue souligne l’importance des réactions émotionnelles face aux nouveaux aliments. Les normes sont la cause de la résistance ; les arguments intellectuels ne sont souvent que des rationalisations découlant d’une émotion.

Ces dernières années, des recherches approfondies ont été menées auprès des consommateurs à propos de la viande cultivée. En Belgique, un peu plus de 40 % de la population est favorable à la viande cultivée. Le même pourcentage a une attitude neutre et seuls 15 % sont vraiment contre. En soi, c’est un résultat prometteur, même s’il faut souligner qu’il ne s’agit que de l’opinion des consommateurs et non de leur comportement. Pour le moment, la viande cultivée ne peut pas encore être achetée ou consommée (en Europe).

Des recherches ont également été menées sur les raisons pour lesquelles les gens rejettent la viande cultivée. Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’université de Groningue s’y intéresse de plus près. Les personnes qui rejettent la viande cultivée sont souvent critiquées pour son caractère « non naturel », voire malsain. Les chercheurs comprennent qu’il est tentant pour les partisans d’argumenter contre cela. De toute évidence la façon dont la viande conventionnelle est obtenue dans les abattoirs n’a rien à voir avec un processus naturel et de nombreux produits carnés sont tout sauf naturels (pensez aux saucisses et à la charcuterie). L’affirmation selon laquelle la viande cultivée et les autres alternatives sont mauvaises pour la santé est également facile à réfuter. Les chercheurs donnent l’exemple des additifs dans le bacon et des agents pathogènes dans la viande d’abattage. Pourtant, l’étude conclut que ces arguments ont peu d’impact sur les opposants.

Les gens ont tendance à rationaliser leur position, c’est un phénomène psychologique bien connu. Les chercheurs disent que dans le cas de la viande cultivée, disent les chercheurs, il s’agit surtout d’un rejet émotionnel, d’une sorte de dégoût. Certains consommateurs rejettent intuitivement tout ce qui s’écarte des normes qu’ils ont intériorisées. La viande qui ne provient pas d’animaux abattus s’écarte de ce qu’ils considèrent comme normal, ils la rejettent donc et rationalisent ensuite cette réaction.

Les chercheurs citent l’exemple du lait. Le lait de vache est assimilé au lait classique. Cependant, d’autres animaux étaient également candidats pour assumer ce rôle standard. On peut supposer que la vache est historiquement un animal intéressant à cette fin, car la traite ne prend pas trop de temps et la valeur nutritionnelle est élevée. Cependant, le lait de chien contient plus de graisses et de protéines par litre, et le lait de chien aurait donc pu être une alternative. En fin de compte, le lait de vache en tant que norme n’est rien de plus qu’une convention et a été assimilé par les humains. Dans une étude précédente, des consommateurs peu méfiants se sont vus proposer de goûter une marque de produits laitiers prétendument nouvelle. La marque de produits laitiers a obtenu un score élevé, jusqu’à ce que les chercheurs annoncent qu’il s’agissait de lait de chien (en réalité il s’agissait de lait de soja). L’appréciation du lait s’est rapidement transformée en une réaction de dégoût.

Cette étude a également posé des questions sur le lait et son acceptation. La plupart des participants ont refusé de goûter au lait de chameau ou au lait de chien, affirmant que le lait de chameau n’est « pas éthique » et que le lait de chien « sert aux chiots ». Des arguments qui pourraient également s’appliquer aux vaches et à leurs veaux. Les tentatives de dissiper les inquiétudes n’ont pas convaincu les participants : le verdict est resté inchangé et de nouveaux arguments ont été avancés pour leur défense.

On observe le même phénomène pour la viande. Pensez à la viande de poulet par rapport à la viande de chien, qui est consommée en Chine mais jamais en Occident. Ou les crevettes par rapport aux insectes et les œufs de fourmis (les escamoles mexicaines) par rapport aux œufs de crabe. Et donc aussi la viande d’abattage par rapport à la viande cultivée. Quelque chose qui s’écarte de la norme (culturelle) peut susciter de l’aversion ; les arguments qui suivent sont des rationalisations de l’émotion initiale.

 

Les chercheurs concluent que l’acceptation de la viande cultivée ne sera pas favorisée par la présentation d’arguments rationnels. Un changement de normes offre une solution. D’une part, cela se produit avec le temps : lorsque des produits sont adoptés par une minorité, ils deviennent plus acceptables pour une majorité. C’est arrivé rapidement en Occident pour les sushis. Selon l’étude, les stratégies de marketing devraient également se concentrer sur les moyens de normaliser de manière proactive la viande cultivée. Plutôt que de se contenter de souligner les avantages en matière de bien-être animal et de durabilité.

 

L’article scientifique original peut être consulté ici : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0272494421000980#

 

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