Dans combien de temps la viande pourrait-elle être exempte d’abattage animal ?

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Dans nos articles précédents, nous avons déjà écrit qu’il est difficile de prévoir quand la viande cultivée deviendra largement disponible et pourra constituer une alternative à part entière à la viande d’animaux abattus. Les exemples du passé montrent qu’une fois qu’une innovation apparait, celle-ci peut très vite devenir indispensable. Les exemples classiques sont la voiture et la glace : il y a une bonne centaine d’années, les chevaux étaient le moyen de transport par excellence et les glaçons venaient des régions froides avec des lacs gelés. Mais il existe des exemples moins connus qui peuvent être encore plus pertinents.

Il y a une bonne centaine d'années, les chevaux étaient le moyen de transport par excellence et les glaçons venaient des régions froides avec des lacs gelés.

L’insuline

Jusqu’à il y a quarante ans, les diabétiques prenaient leur insuline sur des porcs et des bovins. Loin d’être idéale pour les patients eux-mêmes : l’insuline d’origine animale aidait les diabétiques, mais elle n’était pas aussi efficace et pouvait même provoquer de graves réactions allergiques. L’insuline non humaine est une substance étrangère et l’injection de celle-ci déclenche la dégradation du système immunitaire. Il fallait aussi beaucoup d’animaux pour obtenir une quantité suffisante d’insuline et la purifier était très coûteux. On craignait même qu’il n’y ait pas assez d’animaux pour fournir de l’insuline à tous les diabétiques. En 1982, la situation a complètement changé : la société Genentech a produit de l’insuline humaine par le biais d’une bactérie à laquelle le gène de l’insuline humaine a été ajouté. Au début, le produit obtenu était plus cher que la substance provenant des porcs et des bovins, mais il était de bien meilleure qualité. Dix ans plus tard, la part de marché de l’insuline humaine était déjà de 80 % et les coûts de production ont chuté ; en 2000, presque tous les diabétiques utilisaient la version humaine. Entre-temps, des versions encore meilleures de l’insuline sont disponibles, l’innovation se poursuit.

 

La garance des teinturiers

Si vous n’avez jamais entendu parler de cette plante vous n’êtes probablement pas le seul. Cependant, elle a été cultivé à grande échelle en Europe, même dans nos régions. La garance est apparentée au caféier et sa racine contient la substance « alizarine » qui peut être utilisée comme colorant rouge. Pendant des milliers d’années, l’alizarine a été le matériau standard pour obtenir la couleur rouge. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les armées étaient de gros acheteurs, pour obtenir des uniformes rouges, et de grandes usines se sont créées pour traiter la garance et répondre à la demande croissante. En 1868, deux chimistes, Graebe et Liebermann, ont réussi à produire de l’alizarine à partir de l’anthracène. Au départ, l’industrie de la garance ne craignait pas du tout cette nouvelle invention. Quelques années plus tard, lorsque la production du nouvel alizarine a commencé, l’ancienne industrie a maintenu qu’il s’agissait d’un phénomène marginal. Cependant, la nouvelle alizarine est devenue si bon marché qu’en 1891, l’industrie de la garance avait complètement disparu. Et cela seulement en vingt année.

 

La vanille

L’histoire de la vanille est beaucoup plus complexe, mais aussi moins perturbante. L’orchidée vanille est originaire d’Amérique centrale et a finalement été cultivée en Amérique du Sud, en Afrique centrale et en Asie du Sud-Est. C’est encore le cas aujourd’hui : alors que les gousses de vanille étaient autrefois un pur produit de luxe (la pollinisation des fleurs se fait manuellement), depuis 1874, la « vanilline » (la substance qui donne le goût) peut être produite à bas prix. Mais les orchidées sont toujours cultivées également. La version bon marché est fabriquée à grande échelle ; les bâtonnets beaucoup plus chers servent à un segment de consommation spécifique à plus petite échelle. La nouvelle méthode d’obtention de l’arôme de vanille a évidemment été rejetée par les commentateurs de l’époque. Cela a créé une panique chez les producteurs traditionnels de vanille. Il est certain que lorsque la production de chocolat a augmenté à la fin du XIXe siècle et qu’elle est passée en masse à la vanilline bon marché, on a craint que la méthode de production traditionnelle ne s’arrête. Cela n’a pas été le cas, les orchidées vanille sont toujours populaires, mais offrent un produit 100 à 200 fois plus cher que la version bon marché.

Pour plus d’informations sur des exemples historiques :

Rob Burton. The potential impact of synthetic animal protein on livestock production:The new “war against agriculture”? Journal of Rural Studies (2019)

www.rethinkdisruption.com

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