Sérum fœtal de veau : un produit inutilisé et dépassé

Est-il nécessaire d’utiliser du sérum de veau pour produire de la viande de culture ? Et comment ce sérum est-il réellement obtenu ?

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Des animaux sont-ils utilisés pour la production de la viande cultivée ? C’est une question légitime qui suscite de nombreuses interrogations. La viande cultivée est constituée de véritables cellules animales provenant d’animaux vivants. Elle est produite à partir de ce que l’on appelle des cellules satellites : des cellules souches pouvant se transformer en tissu musculaire. Ces cellules sont prélevées sous anesthésie locale, par une ponction à peine plus grande qu’un grain de sésame, exactement de la même manière qu’on réalise une prise de sang. Avec une seule ponction, il est en effet possible de produire des tonnes de viande sans occasionner la moindre douleur. Certains végétariens et végétaliens estimeront peut-être que sa consommation n’est pas éthique, puisqu’après tout, la viande cultivée est un produit d’origine animale. Mais il n’empêche que sa fabrication n’entraîne pas la moindre souffrance. Si l’on considère que la consommation de viande dans le monde ne fait qu’augmenter, alors nous ferions mieux de nous concentrer sur la viande cultivée.

Sérum de veau

Une autre préoccupation concerne ce qu’il est convenu d’appeler le « médium ». Pour vivre et proliférer, les cellules ont besoin d’acides aminés, de lipides, de minéraux, de vitamines et d’oligo-éléments… Les cellules ne peuvent donc croître que si elles peuvent absorber les nutriments de leur environnement. Une critique fréquemment formulée à l’égard de la viande cultivée porte sur l’utilisation de sérum fœtal de veau pour nourrir ces cellules. Pour élaborer un produit visant à éliminer la souffrance animale, on ferait ainsi usage d’un sérum qui est lui-même responsable d’une souffrance animale. Ça n’aurait pas beaucoup de sens. En réalité, aucune des entreprises qui s’apprêtent à commercialiser de la viande cultivée n’emploie de sérum fœtal de veau. À la place, elles ont recours à des ressources telles que le soja ou le maïs. Certains chercheurs envisagent même l’usage d’algues bleues, qui rendraient superflue l’utilisation de cultures propres à la consommation humaine.

Alternatives végétales

Mais alors, à quoi sert le sérum fœtal de veau ? Actuellement, les laboratoires pharmaceutiques, universitaires et gouvernementaux (comme l’AFSCA en Belgique) emploient du sérum de veau en grandes quantités pour la culture cellulaire. À titre d’exemple, l’AFSCA teste la présence de substances nocives (telles que les dioxines) dans nos aliments à l’aide de cultures cellulaires. Cette méthode permet de garantir la sécurité alimentaire. Depuis des décennies, la plupart des laboratoires utilisent du sérum de veau fœtal sans jamais avoir cherché à le remplacer par des alternatives végétales. Le développement de la viande cultivée a donc permis de rendre disponibles ces alternatives.

Un produit d’une extrême cruauté

Ainsi, grâce à la viande cultivée, nous éliminons également l’utilisation du sérum fœtal de veau, dont la « production » est terriblement cruelle (les lecteurs sensibles devraient passer cette étape). Pour obtenir ce sérum, il faut abattre une vache gestante, retirer le veau de son ventre, prendre la totalité du sang du veau par ponction cardiaque, et ce sans anesthésie pour garantir la qualité de l’échantillon. Pendant le processus, le fœtus de veau est toujours vivant et probablement conscient. Le fœtus doit être âgé d’au moins 3 mois – il ressent déjà de la douleur – et le prélèvement sanguin peut prendre jusqu’à 5 minutes.

Intolérable en termes de bien-être animal, l’utilisation du sérum de veau doit rapidement disparaître. Grâce à la viande cultivée, cette horreur peut justement être éradiquée. Notamment parce qu’il est impossible de produire du sérum fœtal à grande échelle. D’autre part, parce qu’il est très coûteux : entre 300 et 400 $ pour un flacon 200 ml. Or les bioréacteurs dans lesquels sera produite la viande cultivée auront une contenance de plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers de litres. C’est pour ces deux raisons que les entreprises sont en train d’élaborer des solutions nutritives sans sérum.

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