La viande cultivée : une solution contre le changement climatique ?

La production de viande cultivée à une échelle commerciale n’a pas encore commencé. Il est donc difficile de mesurer précisément son impact environnemental. On peut néanmoins réaliser des estimations sur la base de modèles. Et les résultats sont prometteurs, notamment en matière d’utilisation des sols. Selon le scénario le plus pessimiste, la viande cultivée requiert une surface vingt fois inférieure à celle que la viande bovine occupe aujourd’hui. L’estimation la plus optimiste parle même d’une utilisation des terres jusqu’à cent fois inférieure. La viande cultivée nécessiterait également moins de terres que la culture de sources de protéines végétales.

Récemment, le groupe d’experts scientifiques sur le climat du GIEC a tiré la sonnette d’alarme au sujet de l’utilisation des terres et de l’impact sur le changement climatique. Le GIEC désigne clairement l’élevage bovin parmi les responsables. Les récents incendies de forêt en Amazonie rendent d’autant plus évidents les effets délétères que provoque la production de viande actuelle :

91 % de part déforestée de l’Amazonie est utilisée pour le pâturage des bovins.

La viande cultivée permettrait de soulager considérablement l’environnement à d’autres égards également. Elle entraînerait une importante réduction de la consommation d’eau et de la pollution des eaux de surface, surtout par rapport à la viande bovine. En termes d’émissions de gaz à effet de serre, la viande cultivée présente un meilleur bilan que tout autre produit carné, à l’exception du porc (mais bien meilleur que le bœuf). Remarque importante : dans ces modèles, la viande cultivée est toujours produite avec de l’énergie provenant de combustibles fossiles, y compris le charbon. Le véritable défi environnemental de la viande de culture est justement sa consommation énergétique : de l’énergie est nécessaire pour chauffer les réacteurs et permettre ainsi la croissance des cellules. Cette énergie devra être utilisée de manière efficace et renouvelable, afin que les émissions de gaz à effet de serre attribuées à la viande cultivée puissent être réduites à zéro. Ce cas de figure serait impossible avec la viande conventionnelle : en élevage, les émissions proviennent principalement du méthane et de l’oxyde nitreux. Ce sont de puissants gaz à effet de serre, que rejettent inévitablement les animaux d’élevage. Notons aussi que les études comparatives entre les produits animaux actuels et la viande cultivée ne tiennent pas non plus compte du fait que cette dernière permettrait de reboiser des zones défrichées, et ainsi de contrer le changement climatique.

La projection la plus négative concernant l’impact environnemental de la viande cultivée provient d’une étude réalisée par l’université d’Oxford en 2019. Les chercheurs ont comparé différents scénarios étalés sur une période de 1000 ans. Le méthane et l’oxyde nitreux (émis par l’élevage) sont des gaz à effet de serre beaucoup plus puissants que le dioxyde de carbone (émis par le chauffage nécessaire à la culture de cellules), mais le méthane et l’oxyde nitreux se désagrègent plus rapidement dans l’atmosphère. Ainsi, sur une durée de 1000 ans, l’impact de l’élevage de bovins en matière de gaz à effet de serre serait plus faible que sur la période scientifique standard de 100 ans. Mais même sur ce très long intervalle, la viande cultivée présente un grand potentiel environnemental (à l’exception d’un des quatre scénarios étudiés). Ici aussi, il faut noter que les chercheurs ont basé leurs calculs sur un mix énergétique comprenant des combustibles fossiles. Enfin, même les estimations les plus critiques aboutissent à des projections positives concernant l’avenir de la viande cultivée.

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