La viande cultivée est-elle sans OGM ?

GMO

On ose à peine prononcer leur nom. Et aucun gouvernement n’a jamais pris le risque d’en débattre publiquement. Les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont un sujet tabou. Va-t-on pour autant en retrouver des traces dans la viande cultivée ?

Que vous soyez pour ou contre la modification génétique des plantes ou des animaux, les organismes génétiquement modifiés (OGM) prêtent à débat. Les pro-OGM louent leur potentiel pour lutter contre la faim, car les rendements agricoles s’améliorent et on obtient des produits plus nutritifs. Depuis l’avènement de l’agriculture et de l’élevage, les plantes et les animaux ont systématiquement été modifiés par l’homme, affirment les défenseurs de cette approche. Le croisement et la sélection des meilleures cultures et variétés ont permis, par exemple, à un petit fruit amer d’Afrique de se transformer en pastèque géante et juteuse. Selon le même raisonnement, la modification génétique n’est qu’une extension de l’élevage classique.

Les opposants aux OGM, en revanche, font valoir que les OGM causent des dommages à l’environnement, notamment par l’utilisation accrue d’herbicides. Grâce à la modification génétique, un certain nombre de cultures telles que le maïs et le soja peuvent être résistantes aux herbicides, ce qui signifie que les pesticides peuvent être utilisés à grande échelle sans endommager les cultures. Les impacts sociaux sont également préoccupants, car les agriculteurs deviennent dépendants d’une poignée d’entreprises qui fournissent les semences OGM brevetées. La critique éthique vaut aussi pour les animaux : est-il justifiable que des gènes animaux soient modifiés par l’homme ?

En Amérique du Nord et du Sud, les OGM sont cultivés à grande échelle. En Europe, ils n’existent pratiquement pas, en raison des réglementations strictes et de la résistance des consommateurs.

Alors, quelle est la part réelle des OGM dans nos pays ? Dans le monde, plus de 100 millions d’ha d’OGM sont cultivés par 24 pays, dont 5 pays en Europe, pour un total de 100 000 ha. Notre continent reste donc très en retrait dans ce domaine. Car les OGM, en Europe, sont extrêmement contrôlés et réglementés, en vertu du principe de précaution. Enfin, pour garantir la transparence, l’UE oblige les États membres à informer le public, notamment par un étiquetage approprié des produits OGM ou en contenant.

Reste que les produits issus d’animaux nourris avec des OGM (viande, lait, œufs, beurre, crème) ne sont pas soumis à un étiquetage spécifique. Or l’Union européenne importe plus de la moitié du soja qu’elle utilise du Brésil et d’Argentine (37% du Brésil, 29% d’Argentine), où « plus de 95% du soja produit est génétiquement modifié« , indiquait en juin un rapport de l’ONG environnementale Greenpeace. Les trois quarts sont destinés aux élevages industriels de poulets de chair et poules pondeuses (50%) ou de porcs (24%). Les vaches laitières consomment 16% du soja importé et les vaches allaitantes (races à viande) 7%.

Médicaments et compléments alimentaires

Le débat autour des OGM reste clivant, surtout en ce qui concerne les produits agricoles et les animaux. Cependant, des levures ou des bactéries génétiquement modifiées sont également utilisées pour produire des médicaments ou des compléments alimentaires. C’est pourquoi les diabétiques n’ont plus besoin de s’injecter de l’insuline porcine, mais de l’insuline humaine produite par un OGM. Des suppléments vitaminiques peuvent également être obtenus de cette manière. De même, la production de fromage ne dépend plus des enzymes provenant des estomacs de veaux (présure animale), puisque des micro-organismes génétiquement modifiés peuvent fabriquer ces enzymes. Tout cela se passe dans des salles blanches, des environnements stériles non comparables aux OGM en plein champ ou aux animaux vivants. Force est de constater que l’utilisation d’OGM avec des micro-organismes n’est guère critiquée.

Si la viande cultivée devenait un produit OGM, elle serait fabriquée dans des bioréacteurs et non dans des champs comme le maïs et le soja. L’objectif de la viande cultivée étant précisément d’éviter l’abattage d’animaux. Les entreprises de viande cultivée qui visent le marché européen ont bien conscience que les consommateurs sont réticents à l’égard des OGM, et elles n’emploient donc pas le génie génétique. En revanche, ailleurs dans le monde, certaines entreprises n’excluent pas le recours aux OGM car cette question ne fait pas l’objet d’un tabou. Tout comme le soja ou le coton peuvent être produits de manière biologique ou via des OGM, les deux tendances existent pour la viande de culture.

Comme pour d’autres innovations alimentaires, nous verrons donc apparaître des versions OGM et non-OGM de viande cellulaire.

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