La viande cultivée est-elle saine ?

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La viande de culture pourrait débarquer sur le marché européen dès 2022. Mais elle doit d’abord être approuvée par l’Agence européenne de sécurité des aliments. Manger de la viande cultivée, est-ce vraiment sans danger ?

La question revient régulièrement dans les débats et les études de marché. D’une part, les exigences de sécurité de la part des consommateurs sont telles que tout nouveau produit alimentaire n’a d’autre choix que de gagner leur confiance. D’autre part, la viande cultivée, bien qu’étant de la viande véritable, est produite sans abattage, ce qui permet d’éviter tout contact avec les intestins des animaux.

Ce dernier point est une réalité méconnue de la plupart des carnivores : la viande a une durée de conservation limitée parce qu’elle contient des bactéries que l’on retrouve dans les fèces des animaux. La viande de culture permet donc d’éviter ce que l’Organisation mondiale de la santé considère comme un risque alimentaire majeur au niveau mondial. Rien qu’en Europe, plus de 320 000 cas de zoonoses d’origine alimentaire sont enregistrées chaque année, et sont parfois à l’origine de décès.

Il n’y a donc aucune raison de penser que la viande cultivée est moins saine que la viande produite aujourd’hui. D’autant plus que certains chercheurs souhaitent rendre la viande cultivée encore plus saine, par exemple en s’assurant qu’elle contient moins de graisses saturées ou de cholestérol. Quoi qu’il en soit, les producteurs de viande cultivée devront prouver aux autorités que leur produit est sain. En effet, toute entreprise souhaitant mettre un produit sur le marché doit d’abord se plier à une série de procédures.

Règlementation « Novel Foods »

Aux États-Unis, il a été décidé en 2019 que l’évaluation et le contrôle de la sécurité de la viande cultivée relèveraient de la responsabilité partagée du ministère américain de l’agriculture (US Department of Agriculture) et de la Food and Drug Administration (FDA). Cette dernière contrôlera notamment la phase de culture dans les bioréacteurs. Le ministère de l’agriculture, quant à lui, supervisera la phase de transformation de la viande cultivée ainsi que son étiquetage.

L’Union européenne, pour sa part, s’est dotée d’un cadre juridique clair pour évaluer les nouveaux produits alimentaires et déterminer s’ils peuvent être mis ou non sur le marché. Cette règlementation porte l’appellation de « Nouveaux aliments » (Novel Food en anglais). Les « nouveaux aliments » sont des produits qui n’ont pas encore fait leurs preuves sur le plan historique. Par exemple, l’alcool n’entre pas dans cette catégorie parce qu’il fait partie du régime alimentaire moyen depuis des milliers d’années.

Concrètement, les « nouveaux aliments » sont des produits alimentaires (et des méthodes de production d’aliments) qui n’ont pas fait l’objet d’une commercialisation en Europe avant le 15 mai 1997. Cela s’applique notamment aux insectes et à certains fruits et graines qui étaient inconnus de l’Européen moyen il y a encore une vingtaine d’années.

Autorisation et labélisation

Les entreprises qui souhaitent commercialiser de la viande de culture doivent donc d’abord soumettre un dossier à la Commission européenne. L’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) mène au préalable une enquête avant que la Commission européenne autorise ou non la mise sur le marché.

Pour l’instant, aucune demande de ce type n’a été déposée en Europe. Et pour cause : la viande cultivée est encore en cours de développement, à l’étape de prototype comestible, certes, mais pas définitif. Un certain nombre de leaders du secteur, tels que Mosa Meat et Aleph Farms, souhaitent néanmoins se concentrer sur le marché européen. Il y a donc fort à parier que ces entreprises présenteront une demande d’homologation dans un avenir proche.

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