Interview de Nina Buffi, directeur chez Ospin

Nina

Un des défis de la fabrication de viande cultivée est le développement d’un bioréacteur adéquat, comparable aux cuves dans lesquelles la bière est fermentée. Quel est exactement le rôle d’Ospin?

Nous fournissons des connaissances sur la façon dont il est possible de produire des choses à l’aide, notamment, de levures et de bactéries, comment organiser au mieux votre processus de production. Nos clients viennent nous demander ce dont ils ont besoin pour leur production spécifique. C’est aussi notre approche : le processus de production doit s’adapter au produit et non l’inverse. C’est pourquoi nous sommes le partenaire idéal pour travailler sur la viande cultivée, car il s’agit également de trouver le bon matériau et de connaître les bonnes conditions pour cultiver de la viande à partir de la culture cellulaire.

L’un des défis est donc de trouver le bon bioréacteur pour cultiver la viande cultivée. Pourquoi la recherche est-elle si compliquée ?

Le défi est de rendre la viande cultivée bon marché et donc pas au prix des produits du secteur médical qui utilise déjà cette technologie. Il ne s’agit pas tant de trouver le bioréacteur adéquat mais bien de produire en grande quantité pour maintenir le prix au plus bas. Vous devez affiner un bioréacteur pour fabriquer suffisamment de cellules. Les bons bioréacteurs existent déjà et il est fort possible que nous utilisions différents types en même temps. Mais reconstituer les conditions parfaites dans ces réacteurs afin que vous puissiez faire croître rapidement et suffisamment de cellules et obtenir de la viande représente une véritable quête.

Le défi est de rendre a viande cultivée abordable pour tous

Les entreprises travaillent déjà depuis plusieurs années à la mise au point de ces réacteurs. Pourquoi cela prend-il autant de temps?

Il s’agit d’une combinaison de facteurs qui prend du temps. Il vous faut un milieu nutritif approprié pour le réacteur dans lequel les cellules peuvent se multiplier. Un tel milieu est encore très coûteux à fabriquer et à acheter. Il n’est pas encore nécessaire à grande échelle car aucune viande cultivée n’est encore produite commercialement. Bien sûr, nous voulons également qu’il soit exempt d’animaux, donc sans sérum de veau. Ensuite, il y a le prix du bioréacteur qui jouera un rôle. Réunir toutes ces exigences constitue un réel défi.

Les opposants à la viande cultivée présentent souvent la technologie comme une grande industrie et des usines. Alors que plusieurs entreprises de viande cultivée soutiennent une production à échelle agricole. Certains parlent même de « brassage maison ». La production à petite échelle de viande cultivée est-elle possible?

C’est tout à fait possible. Vous pouvez opter pour une production décentralisée de viande cultivée, par exemple dans les fermes, pour des raisons idéologiques ou sociales. Au lieu d’un modèle dans lequel une poignée de  géants contrôlent la production mondiale. D’un point de vue technique, il semble que les bioréacteurs ne devraient pas se développer de façon trop importante pour diverses raisons. L’une d’elle est le fait que les cellules cessent de se multiplier après un certain temps, ce qui rend la construction d’un bioréacteur géant inutile et coûteuse. Vous pouvez augmenter cette productivité par modification génétique, afin que les cellules continuent de croître. Mais un certain nombre de développeurs de viande cultivée choisissent consciemment de ne pas le faire. Un bioréacteur idéal ne doit pas nécessairement être de grande taille. Les agriculteurs ont donc bel et bien un rôle à jouer dans la viande cultivée

Les agriculteurs ont un rôle à jouer dans la viande cultivée.

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