Picanha, vindaloo et carbonades à la viande cultivée ?

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Certains pays sont plus friands de viande que d’autres. Mais qu’en est-il de la viande cultivée ? Comment les Allemands, les Italiens, les Belges, les Chinois et les Indiens perçoivent-ils cette innovation ? Qui voudrait en manger et à quelles conditions ? Ce que le consommateur pense est décisif. Plusieurs études ont été menées à ce sujet.

Pour le professeur hollandais Mark Post, qui a réalisé en 2013 le tout premier hamburger à base de cellules animales et sans abattage, la question la plus importante était : est-il possible de cultiver la viande ? Depuis que la viande cultivée n’est plus un concept théorique et qu’il est possible d’en produire, de nouvelles questions surgissent. Nombre de ces questions sont de nature technique. Par exemple, quel est le milieu végétal approprié pour nourrir les cellules ? Ou comment concevoir au mieux un bioréacteur pour la production de viande de culture ? Mais les questions décisives concernent le consommateur. Qui pense que la viande cultivée est positive et qui ne le pense pas ? Qui voudrait en manger et à quelles conditions ?

Au cours de l’année écoulée, plusieurs études scientifiques ont été publiées sur l’attitude des consommateurs à l’égard de la viande cultivée. La viande de culture n’est pas encore dans les rayons, les études portent donc sur les intentions des consommateurs. Cependant, elles donnent une image intéressante de la perception de la viande cultivée dans différents pays et cultures. Il est frappant de constater que, selon toutes les études, une proportion importante de la population mondiale est favorable à la viande de culture et que le bien-être des animaux en est la principale raison. La protection de l’environnement est toujours en deuxième position. C’est logique, puisqu’aucun animal ne doit être abattu pour la viande cultivée alors que l’élevage industriel a une énorme empreinte écologique. Cela explique pourquoi les flexitariens – qui sont à tendance végétarienne mais n’excluent pas complètement la viande – sont la catégorie de consommateurs qui attendent le plus l’avènement de la viande cultivée.

D’autres résultats solides, au-delà des frontières et des cultures, sont d’ordre démographique. Il est frappant, par exemple, qu’en moyenne, les femmes se préoccupent davantage du bien-être des animaux que les hommes, mais que ces derniers sont plus positifs à l’égard de la viande cultivée que les femmes. La seule exception jusqu’à présent est la Chine, où les femmes sont plus favorables à la viande de culture que les hommes. Les jeunes et les citadins évaluent également la viande cultivée de manière plus positive que les habitants plus âgés et ruraux, tout comme l’enseignement supérieur va généralement de pair avec une attitude plus enthousiaste envers la viande cultivée. Ce type de recherche est intéressant, mais nous n’avons pas besoin de nous y accrocher. La viande cultivée est quelque chose de nouveau et il est donc logique qu’elle obtienne de meilleurs résultats auprès des profils de consommateurs plus ouverts aux nouveautés. Ce qui est nouveau aujourd’hui sera « normal » demain. L’information des consommateurs jouera également un rôle décisif : les personnes ayant des connaissances préalables sur la viande de culture sont nettement plus positives à son égard que celles qui n’en ont jamais entendu parler.

57 % des Allemands et 54 % des Italiens aimeraient goûter de la viande cultivée.

La viande de culture dans le patchwork européen

Les résultats spécifiques par pays et les différences entre eux sont aussi intéressants que les similitudes globales. L’étude réalisée par IPSOS en mars 2019, commandée par GAIA, a déjà montré que 42 % des Belges sont favorables à la viande de culture et 43 % ont un avis neutre (ni positif ni négatif) sur la question. Mais il existe une différence significative entre la Flandre et la Wallonie : en Flandre, 47% considèrent la viande de culture comme positive contre 34% en Wallonie. La raison de cette situation reste un mystère, mais en Wallonie, on observe déjà une réaction plus épidermique à la viande de culture de la part des fédérations d’agriculteurs et des hommes politiques et des messages trompeurs apparaissent.

La première étude sur les attitudes des consommateurs en Allemagne a été publiée en avril de cette année. L’Allemagne n’est pas sans importance : 82 millions d’habitants y consomment chacun 60 kilos de viande par an en moyenne et, selon les chercheurs eux-mêmes, il y a peu de chances que cela change. L’étude montre que 57 % de la population allemande aimerait goûter de la viande cultivée et que la moitié d’entre eux voudraient en manger régulièrement. L’enthousiasme est donc plus grand qu’en Belgique, mais plus faible qu’aux États-Unis, où, selon une étude réalisée en 2016, pas moins de 65 % des personnes interrogées souhaitent goûter de la viande cultivée. Ce sont des chiffres encourageants pour les développeurs de viande cultivée et les organisations qui luttent contre la souffrance animale. Après tout, on s’attend à ce que, dès que la viande cultivée sera disponible, les attitudes de la population deviennent plus positives.

En Italie aussi, la première étude a été réalisée récemment et les résultats ont été publiés en avril 2019. Ce qui est intéressant en Italie, c’est non seulement l’importance de la population, mais aussi le fort attachement à la cuisine traditionnelle de la culture méditerranéenne. Selon cette étude, 54 % des Italiens aimeraient essayer la viande cultivée (et 44 % aimeraient l’acheter), un résultat similaire à celui des Allemands. Comme en Belgique, il existe des différences régionales, avec une attitude plus positive au nord qu’au sud. Pour l’Allemagne, il n’y a cependant pas de différence géographique notable ; à l’Est, par exemple, l’opinion sur la viande cultivée n’est pas différente de celle de l’Ouest.

Il semble que la viande cultivée puisse prendre un bon départ, uniquement dans les pays les plus peuplés et les plus consommateurs de viande.

Du Brésil à la Chine : un véritable espoir

L’Europe et les États-Unis sont intéressants pour mesurer le potentiel du monde occidental. Mais quelle est la situation dans les pays émergents, où la faim de viande ne cesse de croître ? En août de l’année dernière, la première étude sur le Brésil, où il existe une véritable culture de la viande, a été publiée. L’étude a ses limites, puisque seules quelques centaines de personnes ont été interrogées et ce, dans deux villes spécifiques. Selon cette étude, la volonté de manger de la viande cultivée atteint 63 %. Les plus grandes préoccupations des pays émergents sont, bien sûr, la Chine et l’Inde. Il est bien connu que la Chine est la plus grande consommatrice de viande. Le fait que la crise du Coronavirus ait commencé là-bas montre d’autant plus que le traitement des animaux y est particulièrement problématique. Mais en Inde aussi, qui est souvent associée au végétarisme, la demande de viande augmente. Une étude publiée en février dernier révèle pour la première fois le potentiel de la viande d’élevage dans les deux pays émergents. Par exemple, l’enthousiasme est plus grand en Chine et en Inde qu’aux États-Unis. Il est intéressant de noter que le contexte est différent. Les Chinois sont plus attachés à la viande que les Indiens, mais ils sont également plus curieux des nouveaux aliments et trouvent l’aspect santé particulièrement important. En Inde, les arguments éthiques en faveur de la viande cultivée sont plus décisifs pour vouloir la manger.

Il semble donc que la viande cultivée puisse prendre un bon départ, uniquement dans les pays les plus peuplés et les plus consommateurs de viande. C’est aussi l’objectif. La viande cultivée devrait être là pour remplacer l’abattage, elle ne devrait pas séduire les végétariens ou les végétaliens.

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